La technologie ne cesse de s’accroître et cela est loin d’être terminé! Les écrans font maintenant partie intégrante de notre quotidien et nos enfants naissent dans un monde de plus en plus numérique. De plus, ce mode d’interaction séduit la jeunesse, mais comment devrions-nous gérer le tout?
Avant 2 ans :
Avant l’âge de 2 ans, les bébés ne devraient pas se retrouver devant des écrans non interactifs comme la télévision. Cela n’apporte aucun élément positif dans leur développement et, au contraire, leur utilisation peut avoir des effets négatifs, soit la prise de poids, un retard de langage, un déficit d’attention et de concentration et un risque d’adopter une attitude passive face au monde qui les entoure.
Dans un autre ordre d’idées, les tablettes qui sont visuelles et tactiles peuvent permettre le développement sensori-moteur des touts petits et participer à l’éveil cognitif précoce en lien avec les repères spatiaux et temporels. C’est le format le plus proche de leur intelligence. Par contre, elles ont aussi le risque de les écarter d’autres activités physiques et socioémotionnelles diverses qui sont indispensables à cet âge. Dans un principe de stimulations variées, numériques et non numériques, les tablettes demeurent un outil d’apprentissage intéressant, parmi tant d’autres, si elles sont accompagnées d’un adulte et utilisées dans le jeu.
Entre 2 et 6 ans :
Avant l’âge de 3 ans, l’utilisation des écrans de façon passive sans la présence des parents qui éduquent et qui interagissent est déconseillée. À partir de 3 ans, l’enfant entre dans une période de développement où les jeux symboliques sont très importants. Jouer à faire semblant peut permettre l’éducation à différencier le réel du virtuel. Avec une supervision de l’adulte, l’enfant est initié à une pratique modérée et autorégulée de la technologie. Il est aussi important de l’inviter à parler de ce qu’il voit à l’écran pour développer son intelligence visuelle et spatiale en alternance avec son intelligence narrative.
Les ordinateurs et les consoles peuvent entrer dans la vie de nos enfants autour de l’âge de 4 ans pour apporter un soutien occasionnel au jeu en famille. C’est encore mieux lorsqu’il peut avoir un apprentissage qui en découle, mais le tout doit se faire avec l’accompagnement d’un adulte. À cet âge, jouer seul sur un écran peut rapidement devenir problématique. L’enfant peut développer des comportements compulsifs et fuir le réel pour se réfugier dans le virtuel. Le temps d’écran doit donc être rigoureusement contrôlé et il ne doit pas laisser pour contre les autres activités. La prévention des problématiques plus importantes à l’adolescence commence à la maternelle.
Entre 6 et 12 ans :
À l’âge de l’école primaire, le cerveau des enfants continue son développement cognitif et émotionnel. Il est donc essentiel d’informer les enfants sur la technologie et de leur apprendre à raisonner quant à son usage dans la vie de tous les jours. C’est à un très jeune âge qu’il faut éduquer les enfants à s’autoréguler face à l’utilisation des écrans. Cet apprentissage aide le développement cognitif et l’éveil socioculturel général, mais aussi à maintenir un équilibre de vie et une bonne santé. Il est important d’alterner les activités pour reposer nos yeux, mieux dormir et être en meilleure forme physique. Une pratique excessive des écrans à cet âge a des effets néfastes : manque d’activités physiques et sociales, de sommeil, risques accrus de futurs troubles de la vision, etc.
Nous ne pouvons passer à côté des outils technologiques comme apport important dans l’éducation et la compensation de défis d’apprentissage pour certains jeunes. Par contre, cet aide doit s’accompagner d’un apprentissage en lien avec les attitudes relationnelles coopératives pour permettre à tous de savoir comment travailler en équipe.
De plus, c’est souvent à cette période que vient le moment d’installer des logiciels de contrôle parental. Cela est important, mais ne suffit pas ! Cette installation doit s’accompagner d’explications et d’éducation aux enfants. Cela permet d’introduire le sujet des risques d’être exposé à des images vulgaires ou à des sollicitations dangereuses sur Internet. En discutant ouvertement avec les jeunes, ils sentiront que l’on veut le meilleur pour eux et le climat de confiance s’installera.
Après 12 ans : l’adolescence
L’utilisation des écrans à l’adolescence doit s’inscrire dans un mode de vie équilibré. Le virtuel permet au cerveau de se mettre en mode hypothético-déductif. Ainsi, l’adolescent peut rapidement explorer toutes les possibilités qui lui sont proposées et exercer ses capacités déductives. De plus, un bon usage des écrans améliore les capacités à contrôler ses pensées, ses actions et sa prise de décision ainsi que le contrôle des émotions qu’elles soient positives ou négatives. Certains jeux virtuels augmentent aussi l’attention visuelle et la concentration. Les jeux en ligne peuvent aussi permettre la socialisation. Cela peut amener à prendre en compte le point de vue de l’autre après l’avoir compris et imaginé.
Au contraire, une pratique excessive des jeux vidéo appauvrit la mémoire, la capacité de synthèse personnelle et d’intériorité. Il est donc essentiel d’instaurer des règles claires quant au temps d’écran (incluant la nuit) et de discuter avec l’adolescent sur ce qu’il fait de ses moments virtuels pour lui permettre de développer son sens critique et de développer des habiletés cognitives peu utilisées devant un écran comme la synthèse, le recul, la profondeur de la pensée, etc. Il ne faut pas oublier que la maturité du cerveau n’est pas complétée à l’adolescence et que le contrôle des parents demeure le meilleur outil.
Bref, le monde numérique possède de bons côtés et les adolescents absents d’Internet ne sont pas plus heureux puisqu’ils ont un risque accru de dépression. La supervision des parents, le climat de confiance et un mode de vie équilibré sont donc les essentiels à garder en tête.
Pour terminer, l’innovation et la technologie ne sont pas parfaites, mais amènent tout de même une manière différente et intéressante de faire des apprentissages ainsi que de développer toutes sortes de capacités cognitives. «De la même façon que les nouveaux aliments introduits dans l’histoire de l’humanité n’ont pas fait disparaître les anciens, mais ont contribué à la diversification de l’alimentation, les nouveaux objets technologiques ne doivent pas être pensés comme pouvant se substituer aux activités ludiques traditionnelles. Ils ne les remplacent pas, mais s’y ajoutent.»
Marie-Pier Savard, orthopédagogue clinicienne
Référence :
Bach, J-F., Houdé, O., Léna P. et Tisseron S. (2013), L’enfants et les écrans : un avis de l’Académie des sciences, Le Pommier, Consulté en ligne https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/avis0113.pdf, le 22 décembre 2022.

